Égypte antique, Égypte ancienne
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A
- Amon.
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Mythologie • Nom propre.Au sein du temple de Karnak, le puissant Amon a pour épouse la déesse mère Mout, et pour fils le dieu lunaire Khonsou. Démiurge à Thèbes, Amon devient un dieu dynastique dès le Moyen Empire. Pourtant, rien ne prédestinait Amon à devenir le « Roi des Dieux », le « Seigneur des Dieux » mentionné par les textes.ΕLes origines du dieu demeurent mystérieuses : probablement dieu local en Moyenne Égypte ou à Thèbes, il est associé à l'atmosphère, au vent et aux bateliers — ce qui expliquerait les plumes qui se dressent sur sa couronne ; il est déjà mentionné dans les Textes des pyramides, aux côtés de sa parèdre Amonet, notamment sous le règne d'Ounas (IVe dynastie) ; il apparaît aussi aux côtés de sept autres divinités dans l'ogdoade de la cosmogonie d'Hermopolis.
Le culte du dieu prend son essor au cours du Moyen Empire avec la prise du pouvoir par des princes thébains et l'expulsion des Hyksôs. Amon supplante le dieu guerrier Montou, dieu du nome de Thèbes, et devient prépondérant sous la XIIe dynastie. Avec le temps, il s'accapare les propriétés d'autres divinités, et devient au Nouvel Empire un puissant dieu créateur à l'échelle nationale. Rê lui transmet ses capacités solaires et ses fonctions universelles ; le dieu devient solaire sous sa forme d'Amon-Rê—roi—des—dieux, Amonrasonther. Premier des dieux au panthéon égyptien, le clergé décide de lui attribuer une théologie nouvelle. Cette cosmogonie combine celles d'Hermopolis, d'Héliopolis et de Memphis, et y adjoint de nouveaux éléments :
À l'aube de toute vie, le serpent Kematef, « celui qui accomplit son temps », émerge pour la première fois de l'océan primordial, le Noun, à l'emplacement de la ville de Thèbes. Il débute le processus de création, puis engendre Irta, « celui qui a fait la terre », qui lui-même amorce la création de l'univers. Irta crée la terre et les huit dieux primordiaux qui donnent naissance respectivement à Rê (le soleil), Ptah et Atoum dans les cités d'Hermopolis, Memphis et Héliopolis. Les huit dieux, épuisés, ainsi que Kematef et Irta, s'endormirent ensuite à jamais. C'est alors qu'Amon, le ba de Kematef, se manifeste à sa place sur terre en dieu créateur.
Sous sa forme d'Amon-Min ithyphallique (Min étant le dieu de Coptos), il est le symbole de la fécondité.
Sous la forme d'un homme debout ou assis sur un trône, Amon, « le caché » (le verbe imn signifie littéralement « cacher ») est coiffé d'une couronne flanquée de deux grandes plumes ; son menton est prolongé par la barbe postiche. Sa peau est bleue, couleur de la voûte céleste où il demeure, mais aussi couleur du lapis-lazuli, pierre aux riches connotations sacrées pour l'ancien Égyptien. L'essence divine du dieu est impénétrable ; son vrai nom est caché, et on l'appelle « asha renou », « le riche de noms » : une épithète qui dénote l'impossibilité de le désigner et de savoir qui il est réellement. Certaines représentations du dieu sont complétées par des épithètes telles que « d'aspect secret » ou « de forme mystérieuse » pour appuyer l'incapacité de le représenter tel qu'il est en vérité.
Le bélier-sft (ovis longipes aegyptiaca) est l'une des formes animales choisies par le dieu pour ne pas révéler sa vraie nature. Une longue voie bordée de criosphinx (le dromos) s'étend d'ailleurs face au temple d'Amon à Karnak.
L'oie était également associée à Amon, peut-être en relation avec le mythe de la création et l'œuf originel, avec semble-t-il au Nouvel Empire un élevage à Karnak.
Amon est un amalgame de concepts royaux et divins, parfois difficiles à discerner, sorte d'incarnation du pouvoir royal, principalement voués à l'exaltation du roi. Au Nouvel Empire, le souverain devient le fils direct du dieu Amon. Le dieu s'est incarné en un homme pour s'unir à la mère du roi, et ainsi lui donner naissance et justifier sa lignée divine.
Les constructions glorifient la toute puissance du dieu : à Karnak, le complexe de temples le plus grand d'Égypte, un naos de granit érigé à la demande de Philippe Arrhidée — et édifié à l'emplacement d'un précédent reposoir de barque en granit rose construit sous le règne de Thoutmosis III — accueillait la barque sacrée d'Amon-Rê lors de la grande fête d'Opet. Une chapelle d'Amon, de Maât et de l'Ennéade est construite à côté de l'akh-menou de Thoutmosis III. Plus tard, Séthy II établit à l'entrée du temple d'Amon un temple reposoir de barques, divisé en trois chapelles pour la triade divine Amon-Mout-Khonsou.
À Médinet Habou, un premier temple élevé par Aménophis Ier sous la XVIIIe dynastie en l'honneur d'Amon, sur la butte de Djemé, est remanié par Hatshepsout et Thoutmosis III. Ce temple de petites dimensions accueillait la barque d'Amon lors de la « Belle Fête de la Vallée » ; les Ptolémées y ajouteront plus tard un grand pylône précédé d'une cour, restée inachevée.
À Deir el-Bahari, Hatshepsout (« aimée d'Amon, qui règne dans le Djeser Djeserou ») dédie une cour intérieure et un sanctuaire à Amon, au plus haut point du château de millions d'années. Dans la théogamie de la reine dépeinte sur les murs de son temple, Amon s'unit à Ahmès-Nefertari pour lui donner naissance.
À Louxor, il est Amon d'Opet, seigneur du temple d'Ipet-Resit, « le harem du Sud ».
Le culte voué à Amon étend considérablement l'éventail des métiers du temple : le clergé est composé en partie de femmes, tantôt chanteuses (sistre de la chanteuse d'Amon et d'Isis, Hénouttaouy, au Musée du Louvre — n° inv. E 11201), épouses du dieu (ḥm.t ntr), divines adoratrices (dw3t-ntr — statue de la divine adoratrice d'Amon, Karomama, au Musée du Louvre — n° inv. N 500) ou encore chanteuses en son nom — c'est le cas, par exemple, de Taahouty, chanteuse d'Amon vers 980 av. J.-C., dont le sarcophage en bois peint daté de la XXIe dynastie de Tanis est conservé au British Museum. Les divines adoratrices accomplissent les rites du temple de Karnak et « éveillent la pulsion sexuelle » d'Amon ; comme dans le rite d'apaiser Sekhmet, elles agitent leur sistre pour l'apaiser et le distraire.
D'autres castes agissent au nom du dieu dynastique : des musiciens, bien entendu (stèle du musicien Djedkhonsouiouefânkh-ânkh jouant de la harpe devant le dieu Rê-Horakhty, au Musée du Louvre — n° inv. N 3657), mais aussi des barbiers, comme Ânkhpakhéred, chargés de raser entièrement les prêtres du temple (cartonnage d'Ânkhpakhéred, daté de la XXIIe dynastie vers 945-715 av. J.-C., au Musée du Louvre — n° inv. N 2622), des portiers, des gardiens, des comptables, comme celui des greniers d'Amon, Nespaqachouty, dont nous est parvenu un livre d'images mythologiques (Musée du Louvre — n° inv. E 17401)...
Mais paradoxalement, le dieu dynastique de la XVIIIe dynastie, symbole de la royauté et protecteur du roi, est aussi le refuge des humbles, « Amon qui écoute les prières », et connaît une dévotion populaire inégalée. Les fidèlent lui adressent des prières, louant sa toute puissance et implorant parfois sa protection.
Au début de la Troisième Période Intermédiaire, le clergé d'Amon est riche et puissant, et la Haute-Égypte est dominée par un régime devenu théocratique : Amon, par le truchement du Grand Prêtre à son service, et plus tard par l'intermédiaire de sa Divine Adoratrice, définit et gère les affaires terrestres ; le roi ne règne plus que sur le Delta. Les divines adoratrices sont désormais des vierges, choisies par « adoption » et non pas par hérédité, et s'organisent en une véritable caste sacerdotale exclusivement vouée au dieu. Cette fonction disparaît sous la domination perse, après 525 av. J.-C..
Amon reste longtemps un dieu important, comme en témoignent les béliers de granit accompagnés du roi Taharqa, sous la XXVe dynastie des rois « kouchites », vers 690-664 av. J.-C.. De Méroé nous sont parvenus des exemplaires de bronze à l'effigie du dieu, ainsi que des béliers, images d'Amon.
Avec l'arrivée des Grecs et des Romains en Égypte, Amon devient Zeus, et son fils Khonsou Héraklès (Hercule). Le culte d'Amon s'amoindrit au profit des divinités funéraires, telles qu'Osiris, Isis, Horus ou Anubis.
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